Savoir vivre la crise, une compétence essentielle dans un monde en transition

Il n’y a jamais à se réjouir d’une crise, juste à la traverser et à apprendre.

Dans les premiers instants de cette crise démarrée en Chine, certains ont pu y voir une « bonne nouvelle » du fait de la baisse de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre engendrée par l’arrêt de la production industrielle. Pourtant, nous le percevons désormais intimement, cette crise sanitaire aura un coût humain exorbitant, se comptant en dizaines ou en centaines de milliers de morts. Cela n’a rien de réjouissant. D’autant que ce sont toujours les plus fragiles qui sont toujours en première ligne : travailleurs pauvres, personnes à la rue,…

Nous ne mesurons pas les effets de cette crise sanitaire, aux répercussions incalculables dans le monde complexe et globalisé qui est le nôtre. Les effets sont économiques, financiers, sociaux, politiques, culturels, écologiques… dans un entremêlement qu’il n’est pas possible d’embrasser d’un seul coup d’œil.

Nous vivons une crise collective d’une ampleur inédite pour la plupart d’entre nous. Nous devons l’affronter collectivement, car il n’y a pas d’échappatoire personnelle. Nous devons compter sur la résilience de nos sociétés. La résilience, c’est la capacité à revenir à un équilibre (sans doute différent de l’état initial) après un choc.

Un fois l’épreuve passée, nous aurons à tirer des enseignements personnels et collectifs pour renforcer cette résilience. Cela signifiera certainement avoir le courage de transformer des modes d’organisation et des modes de vie qui contribuent à accentuer les risques pour nos sociétés, l’humanité et les écosystèmes (ou la « Terre mère » pour reprendre une vision amérindienne). A l’ère de l’Anthropocène, ces pandémies ont aussi des causes humaines.

C’est aussi l’occasion de faire œuvre d’humilité, et de sentir que l’on a à apprendre de ceux qui ont traversé des épreuves et que nous côtoyons : grands-parents qui ont connu la guerre et l’occupation, migrants qui ont fui la misère ou la persécution, mais aussi voisins, proches ou inconnus qui ont vécu des drames et ont su se relever. Toutes ces femmes (et sans doute elles d’abord) et ces hommes constituent une richesse exceptionnelle, et de cela, on peut se réjouir. En prendre soin est une priorité.

« Prendre soin de soi » est le 2e chapitre du guide Demain en poche que En Transition a édité, après « Se nourrir ». Ce n’est pas un hasard, c’est une profonde conviction.

« Chacun fait l’expérience de la difficulté des leçons à apprendre. C’est l’ordinaire de nos vies qui se retrouve touché devant cette épidémie. »

Cynthia Fleury (France Culture, 16/03/2020)

L’enjeu du XXIe siècle : coproduire des communs, du local au global

Le commun dont il est question dans cette crise est la santé. « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé, 1946). Tout, ou beaucoup, est déjà dans cette constitution : le droit à la santé, les rôles des Etats et des citoyens, la coopération internationale.

En effet, la santé ne peut être obtenue par l’action d’un seul acteur, aussi puissant soit-il : elle demande une action cohérente et coordonnée des différents acteurs sociaux. Aucun acteur ne produit la santé : elle est l’émergence d’une intelligence collective en action.

L’État a un rôle majeur pour organiser la production de ce que les économistes appellent les « biens non marchands », à travers les services publics : une offre de soins performante à l’accès universel, ce qui supposent de lutter contre les inégalités sociales et territoriales. L’assurance maladie mise en œuvre au sortir de la guerre et cogérée par les partenaires sociaux y contribuent en garantissant une solidarité à l’échelle nationale.

L’Etat a aussi un rôle à jouer à travers la réglementation pour limiter ou interdire des activités délétères (taxer, réguler, interdire ne doivent pas être des gros mots quand ils contribuent au bien commun), et encore dans le financement de la recherche fondamentale.

Enfin, il a aussi à promouvoir une éducation à la santé. En effet, on le voit bien dans la crise que nous traversons, son action est inutile sans une participation active des citoyens, non seulement pour leur « santé individuelle », mais bien pour celle de tous les membres de la société. Or, dans un régime qui se veut démocratique, cette participation ne peut être que le fruit d’une opinion éclairée : les pouvoirs publics doivent changer de posture et reconnaître qu’être l’autorité ne suffit plus à créer la confiance, largement érodée de toutes les institutions. Ils doivent faire autorité, ce qui implique un discours de vérité, l’humilité, une publicité des informationsce qu’ils font encore trop avec difficulté. Là aussi, une transition est en cours. Et le recours aux sciences humaines et sociales pour comprendre les dynamiques personnelles et collectives semblent indispensable plutôt que de renvoyer la responsabilité aux autres. En démocratie, il faut rendre le changement intelligible, discutable et adaptable en coproduisant les savoirs, en coélaborrant les décisions et en laissant des marges manœuvres aux acteurs confrontés aux réalités diverses du terrain.

« Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. »

Emmanuel Macron (Discours du 16/03/2020)

Parmi ces convictions balayées : (choisissez la vôtre)

  • l’impuissance de l’État face aux entreprises et aux marchés financiers
  • a contrario la toute puissance d’un État « Providence »
  • l’impossibilité d’agir vite et fort, d’adopter des mesures contraignantes librement acceptées par tous
  • la possibilité d’un oasis protégé des menaces qui pèse sur le monde

Sachons retenir ces leçons quand après la crise sanitaire, notre attention reviendra sur un autre commun, le climat, à coproduire, lui aussi à une échelle mondiale, par l’action concertée de tous.

A son échelle, En Transition œuvre à imaginer et développer des nouvelles façons de faire, ensemble, en valorisant et en accompagnant les initiatives des collectives locales, des entreprises, des associations et les mobilisations citoyennes.

Changer en conscience plutôt que subir le changement

Une telle pandémie était prévisible, puisque nous avions déjà été confrontés à des épidémies précurseurs. L’impréparation relative de nos sociétés (au regard des pays asiatiques) vient d’une sous-estimation du risque. A l’instar de ce qu’il s’est passé pour l’accident nucléaire de Fukushima. Difficile de se préparer à l’impensable. Pourquoi est-ce impensable ? Penser la catastrophe nous met face à des remises en cause qui sont parfois trop difficiles à vivre, alors on préfère ne pas y penser, fermer les yeux, vivre dans l’insouciance.

Pourtant, il devient de plus en plus difficile de se voiler la face, quand les rapports du GIEC s’enchaînent décennies après décennies, que la réalité du dérèglement climatique rattrape les prévisions et souvent les plus pessimistes. Ne pas y penser peut laisser poindre un sentiment de culpabilité, où on ne s’estime pas à la hauteur des enjeux. Puis, lorsque la conscience s’affine, d’autres émotions peuvent nous prendre : la colère et la recherche de bouc-émissaires pour se dédouaner de ses responsabilités, la peur qui paralyse, la tristesse qui accompagne l’effondrement de notre monde… en tout cas de la représentation qu’on s’en fait.

Il en faut du courage pour accueillir la réalité à sa pleine conscience et accepter que le monde qui nous a fait ne sera plus. C’est une première étape indispensable pour amorcer le travail d’imagination du monde de demain, sans vraiment savoir où l’on va, en quête de sens.

Cette transition intérieure s’articule avec le collectif, car l’homme et la femme sont des êtres sociaux. Nous ne sommes jamais seuls sur ce chemin : les autres peuvent constituer des repères, des points d’appuis, une présence apaisante et réconfortante. Seule la rencontre de ces consciences du monde peut produire l’intelligence collective nécessaire pour trouver des solutions, elles-aussi hier impensables. L’intelligence collective n’est pas spontanée : elle se cultive, elle se facilite, en recourant à aux intelligences émotionnelle et relationnelle, ces compétences « douces » (mais pas molles) qui mettent l’humain au cœur. Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

En Transition encourage et accompagne les porteurs d’initiatives et les citoyens et citoyennes sur leur chemin de transition sociale et écologique. Ecouter, guider, former, mettre en lien, faciliter, coconcevoir… prendre soin de ces femmes et ces hommes que nous rencontrons et qui seront l’avenir du monde ou plutôt le monde à bâtir.

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